Vieille Europe, tes villages, ta tendresse…

Je rêve d’une chose toute bête. Je rêve que les villages qui se sont vidés, en France, en Grèce et un peu partout en Europe, reprennent vie. On va appeler ça de la naïveté, j’ai envie d’appeler ça de l’optimisme.

Dans mon rêve, quelque part en Europe, sur la place du village, une petite école. Dans la cour, le préau, le bac à sable, les billes, les fleurs. Pas du tout aux normes, tant pis. Mais avec de la tendresse pour la vie, pour les enfants, pour les chats et pour le vieux marronnier qui n’espérait plus rien.

Ce matin, les enfants ne vont pas remplir de fiches d’activités, ni atteindre d’objectifs. Tant pis pour les évaluations et les champs de compétence. Ils vont faire une promenade et ils vont apprendre à réparer un petit mur, derrière la mairie. On apprendra à écrire demain. Ils s’appellent Nicolas, Doria, Manolis, Charlotte, Maria, Karim, Kawa, Melek, Sebastien. C’est un peu gros, je sais, un vrai cliché. On s’en fiche. Le principal c’est qu’aujourd’hui le village soit de nouveau vivant. Ceux qui ont échappé aux bombes savent le raconter, de temps en temps. Mais ils savent aussi raconter ce qui était chouette à Kaboul, à Alep ou à Tumbuktu. Et les autres, ceux qui ont toujours vécu là, savent dire aux nouveaux où on peut cueillir des prunes l’été, chez qui on sonne quand on veut se faire offrir un goûter et comment on joue à Un, deux, trois, soleil!

Miriam

Une révolution par la tendresse, une insoumission silencieuse.

Hossein, viens, ici ce sera ta chambre. Tu vas m’aider, je vais t’aider. Si tu sais y faire avec les graines, les boutures et les tuteurs, tu pourrais cultiver un petit potager, dans le champ du bas. Et apprends tout ça aux enfants, s’il te plaît.

Viens, Mustafa, ici ce sera ta chambre. Si tu sais cuisiner, tu feras à manger pour les enfants de l’école. Tu leur apprendra, s’il te plaît, ce qu’on peut faire de bon avec trois fois rien? Bien sûr, la cuisine n’est pas aux normes. La chaîne du froid! La traçabilité des produits! C’est interdit, c’est très dangereux, c’est impensable. Alors, soyons hors la loi, et cuisinons tranquillement les légumes d’Hossein. Et tu mangeras, toi aussi, et moi aussi, et la maîtresse aussi.

Celui qui sait réparer les outils aura largement de quoi faire. Et si personne ne sait, on apprendra.

Toi, Alain, toi, Sylvie, vous avez du travail, et des chambres vides, mais pas de quoi faire garder vos enfants? Et vous courez, et vous courez, toute la journée? Regardez, c’est formidable, je vois des gens qui arrivent, qui n’ont ni chambre ni travail et qui peuvent passer du temps avec votre marmaille, leur ouvrir l’esprit et leur apprendre à aimer le monde!

Pourquoi apprendre à tracer des médiatrices serait-il plus important que d’apprendre comment on fabrique une cabane, comment on entretient un verger, comment on répare un vélo?

Les vieilles dames et les vieux messieurs, fatigués, bien fatigués, ont fait de la place dans leur grandes maisons pour ceux qui avaient de l’énergie et de l’amour à revendre. Alors, bien sûr, il y a des jours où c’est un peu trop vivant. Des enfants qui crient, des adolescents qui sèment la pagaille, des mères et des pères qui viennent d’ailleurs et qui ont d’autres habitudes que les nôtres. Mais le jardin a refleuri, le toit est réparé, la table de la cuisine est redevenue le centre du monde, à l’heure du goûter. Et la vielle dame raconte des histoires aux grandes filles, aide le petit dernier à apprendre son poème par coeur, et donne à Melek et Samera, le jeudi soir, une leçon de couture.

Utopie…

Non, je proteste! On a le droit. On a le droit d’en avoir vraiment envie. On a le droit de dire que les normes européennes, tellement déconnectées de la réalité, nous empoisonnent l’existence. Que les quotas, les plans de régulation des flux migratoires et les législations en vigueur ne nous concernent pas.

On a le droit de le dire.

Vieille Europe, tu es émue cette semaine parce que tu as vu un pauvre petit bonhomme à plat ventre sur une plage et tu as comme une grande envie d’accueillir ceux qui n’ont plus de maison, plus de ville, plus de pays.

Vieille Europe, tu sais que tes campagnes se meurent?

Alors, bien sûr, c’est aux gouvernements d’ouvrir les frontières. Mais c’est à nous d’ouvrir les volets de toutes nos maisons vides et de redonner vie à nos villages. Tant pis si c’est sans la Loi, la Norme et les Décrets. Et tant mieux si ça nous oblige à revoir, de fond en comble, les principes de propriété, de territoire, d’appartenance.
Une petite révolution sans faire de bruit.

Comme un grand besoin de se sentir libre d’être tendre dans son rapport au monde.

Mizghi

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6 réflexions au sujet de « Vieille Europe, tes villages, ta tendresse… »

  1. Merci !

    Je viens de lire tous tes articles et merci.

    J’arrive à Lesbos la semaine prochaine sans savoir vraiment dans quoi je mets les pieds mais il était important pour moi d’agir. Merci d’avoir su exprimer toutes les contradictions de ce monde et celles que nous avons à l’intérieur sans savoir les expliquer. Merci de m’avoir un peu éclairé sur ce qu’il se passe et comment ça se passe là-bas.

    Et merci encore pour ce partage.

    Jérôme.

    Aimé par 2 people

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